Si ce n'était qu'une rose...
Elle serait toute aussi belle, douce et délicate. Elle n'en serait pas moins singulière, et se distinguerait bien des autres fleurs de l'arbuste... Si ce n'était qu'une rose, sous la rosée du matin, elle garderait tout de même tout son charme et son éclat, cette nature qui me fait craquer tant elle éveille en moi les émotions les plus sensibles...
Si ce n'était qu'une rose, je me piquerais à ses épines, espièglement, en l'effleurant, pour l'approcher de moi, sentir son parfum et jouir d'une tendre ivresse. Je contemplerais extasié chacun de ses pétales, un à un, du bout des doigts pour d'intenses frissons en d'infinies caresses... Si ce n'était qu'une rose, elle serait reine de mon jardin, et puis... Et puis...
Si ce n'était qu'une rose, elle ne serait qu'une passion, une fantasque déraison pour mon ego d'enfant, une image, un tableau. Si ce n'était qu'une rose, je la trouverais bien commune dans mes moments de douce folie, bien lointaine dans mes moments de détresse... Si ce n'était qu'une rose, je pourrais me lasser parfois d'en prendre soin, vouloir passer à autre chose... Si ce n'était qu'une rose, je ne serais prêt à rien, je profiterais de sa présence sans rien ressentir en son absence...
Mais elle est plus qu'une rose, beaucoup plus qu'une simple rose... Sa pensée m'apaise lorsqu'elle n'est pas là, sa présence me ressource lorsqu'elle est près de moi. Plus qu'une fragile rose, je lui porte attention mais je n'oublie pas la force qu'elle porte en elle ; plus qu'une simple rose, elle m'inspire l'équilibre qui modère les extrêmes... Une rose reste une rose, toute unique qu'elle soit, et elle ne change pas, mais plus qu'une rose, je retrouve en elle une fraîcheur à la fois constante et inattendue...
Si ce n'était qu'une rose, je ne sais pas... Serais-je aussi patient, serais-je prévenant, confiant malgré la peur, raisonnable malgré l'espoir ? Je ne sais pas... Si c'était une rose, elle serait un rêve de plus ; mais bien plus qu'une rose nouvelle, elle est exceptionnelle...